La Beurgeoisie

Le seul combat perdu d’avance, est celui qu’on ne livre pas.

The Fall of America, Inc.

Je suis tombé sur ce superbe article (daté du 4 Octobre 2008) de Fukuyama, le célèbre auteur de The End of History and The Last Man.

Depuis la crise financière, beaucoup commencent à remettre en question la super-puissance américaine. En effet, son image de marque auprès du monde à beaucoup souffert :

- Politiquement : avec le fiasco des armes de destruction massive et Guantanamo
- Économiquement : avec le credit crunch et toute la crise qui a suivi

On peut également se poser la question de savoir comment on en est arrivé la. Ce que l’article de Fukuyama explique bien, est la propagation dans le monde des grandes idées américaines, à savoir la démocratie et les marchés dérégulés. Malgré des réticences, une grande partie de la planète a cru en ces idées, et donc cru indirectement en les USA. La réussite découlant de ces idées poussaient la plupart des pays du monde à avoir confiance dans le modèle Américain et son dollar.

C’est d’ailleurs cette confiance qui a permis de financer l’économie Américaine au dela des capacités même de ce pays. Les USA ont pu s’endetter en vendant leur image marque : America Inc.

L’article de Fukuyama met en exergue les différentes causes qui ont amené la crise à ternir cette image de marque, cependant il manque à mon sens toute une partie sur le rôle du fameux mot Inc., que je vais tenter d’expliciter ici.

Inc. est l’abbréviation pour Incorporation, ce qui correspond à l’un des status légal d’une société Américaine. Sont but est :

  • Soit d’engloutir autant de profit que possible, aux dépens de tout le monde, pour certains
  • Soit de créer de la richesse pour tout le monde tout en contribuant au développement professionnel de chacun, pour d’autres.

Dans le milieu du travail, le mot Corporate est devenu péjoratif. Une corporation est donc un groupe d’individus qui poursuit ensemble toutes sortes d’objectifs. Le principal est
de faire des bénéfices importants, croissants, en toute légalité, pour les propriétaires de l’affaire. Cependant, le tournant le plus important intervient lorsque, dans l’histoire Américaine, Il y a un siècle et demi, les avocats d’entreprise ont compris qu’il leur fallait plus de pouvoir et ont voulu supprimer certaines contraintes imposées aux sociétés par le passé. Le 14e amendement a été voté à la fin de la Guerre de Sécession pour donner l’égalité des droits aux Noirs.

Donc, on y spécifiait « Aucun État ne peut priver quiconque de sa vie, de sa liberté ou de ses biens sans procédure légale. » Afin d’empêcher les États de prendre la vie, la liberté ou les biens des Noirs comme on l’avait fait par le passé. Les sociétés vont devant les tribunaux. Leurs avocats sont malins et disent : « Vous ne pouvez priver quiconque de sa vie, de sa liberté…La société est une personne à part entière. »

Et la Cour Suprême accepte. Et le plus grotesque dans tout ça, c’est que le 14e amendement
avait été voté pour protéger les esclaves libérés depuis peu. Par exemple, entre 1890 et 1910,
il y a eu 307 affaires portées devant les tribunaux en vertu du 14e amendement. 288 émanaient des sociétés, 19 d’Afro-Américains.

600 000 personnes ont perdu la vie en luttant pour des droits. Et de traits de plume, les 30 années qui suivirent, les juges ont appliqué ces droits au capital et à la propriété alors qu’ils
en dépouillaient les gens.

Les sociétés ont les droits des personnes immortelles. Mais pas de n’importe lesquelles. De celles dénuées de conscience morale. C’est un genre de personne très particulier créée par la loi pour ne s’occuper que de ses actionnaires. Mais pas de ses partenaires sociaux, telles que la communauté ou la population active. Le gros problème de ces citoyens corporatifs, c’est qu’ils sont différents de nous. Ils n’ont pas d’âme à sauver, ni de corps à incarcérer.

Les gens se méprennent sur les sociétés, ils pensent qu’elles sont comme nous. On les croit sensibles, politisés, intègres. Mais leur seul intérêt, ce sont les bénéfices. Comment faire le maximum d’argent en un trimestre. La loi l’oblige à placer les intérêts de ses actionnaires
au-dessus des autres intérêts. Elle doit, juridiquement faire passer ses résultats financiers avant tout, même le bien public. Ce n’est pas une loi de la nature, mais une décision judiciaire.

Ce qui manque donc dans cet article de Fukuyama pour expliquer comment l’image de marque des USA s’est ternie, c’est la définition même que les USA ont d’une société : une entité avec les droits d’une personne physique, sans l’éthique, la conscience morale et l’humanité d’un citoyen ordinaire, ayant un objectif absolu fixé par la loi : la rentabilité. Lorsqu’une société est incorporated, un monstre juridique est donc créé.

Et certains d’entre eux, tels Enron et Andersen il y a quelques années, Freddie Mac, Fannie Mae ou encore Lehman Brothers aujourd’hui, s’effrondent avec la chute de l’image de marque Américaine : America Inc.

L’article de Fukuyama en VF (traduit par mes soins) : ici.

Photo by Steve Brodner for Newsweek.

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