La Beurgeoisie

Le seul combat perdu d’avance, est celui qu’on ne livre pas.

Quand la France se fait siffler : Points de vue du Maghreb

Voici une revue de presse intéressante, relatant les avis des journalistes des pays du Maghreb sur l’affaire des sifflements de la Marseillaise.

Journaux Tunisiens

Le Temps

Raouf Khalsi, l’auteur de l’article, fais une très bonne analyse. Il dénonce d’abord les dangereux raccourcis que prend Bernard Laporte :

Cette déclaration choque parce que le secrétaire d’Etat a établi un dangereux lien de cause à effet: Maghrébins-sifflements. En d’autres termes, seuls les Maghrébins hueraient la Marseillaise.

Ensuite lorsqu’il propose des terrains de banlieue pour abriter les matches contre les sélections maghrébins, C’est comme s’il disait: « Maghrébines, vous n’êtes dans votre élément que dans la banlieue ».

Pour ensuite rappeler que ce n’est pas la première fois que la Marseillaise est sifflée au Stade de France, et que les médias ont joué le rôle de provocateur :

Nous reconnaissons que nous nous sommes sentis concernés ici à Tunis. Désolés aussi. Jusqu’à une certaine limite toutefois, puisque bien avant le match, les médias français, les radios, les associations n’avaient cessé de surchauffer l’ambiance spéculant, misant même sur ces sifflements. On a voulu en faire une question politique. Or ce n’est toujours qu’un problème franco-français. Pas très loin, en arrière, le président Chirac quittait le stade parce que des Bastiais sifflaient « La Marseillaise » lors d’une finale de Coupe de France.

Il conclut enfin sur la raison pour laquelle la Marseillaise à été sifflée :

ce genre de débordement se produit lorsque des sélections maghrébines jouent à Paris c’est parce que les Français d’origine maghrébine ont un sérieux problème identitaire

Ce qui rejoint mon analyse d’avant-hier. Ces jeunes ne savent pas qui ils sont.

Journaux Algériens

L’Expression

Ici l’auteur essaye de comprendre les échecs de la politique qui incitent les jeunes à siffler la Marseillaise :

Toutefois, si de tels comportements sont effectivement condamnables, car intolérables, il n’en demeure pas moins que les politiques français doivent eux aussi faire leur examen de conscience et se dire si, quelque part, ils n’ont pas eux-mêmes prêter le flanc à de tels comportements par la manière même avec laquelle ont été pris en charge les problèmes de l’immigration et, plus généralement, de l’intégration des jeunes Français de la deuxième et troisième générations issues de cette immigration aujourd’hui tant décriée.

Pour conclure très justement :

De fait, la France officielle a trop peu fait ces dernières années pour réellement convaincre les Français de seconde zone, qu’ils sont des Français comme les autres avec les droits et devoirs qui sont ceux de tous les Français.
On a trop fait sentir justement à ces Français, pas tout à fait Français, qu’ils ne sont pas «Français» vraiment et ne sont que tolérés. C’est en fait cela le drame de l’émigration maghrébine en France qui est aussi et en même temps l’échec d’une politique d’intégration qui n’a pas su faire la part des choses.

El Watan

Le journal Algérien El Watan consacre deux articles sur le sujet. L’un d’eux rappelle que :

Suite aux incidents précédents, la loi française sur la Sécurité intérieure du 18 mars 2003 a créé un « délit d’outrage » à l’hymne national, punissable de 7500 euros d’amende.

Cependant, on voit bien que cela n’a aucun effet et que cette loi est inapplicable dans la réalité, à moins d’inventer un détecteur de siffleur, qui vous enverrait une contravention directement dans votre boite aux lettres.

L’auteur continue en expliquant que le mal-être de ces jeunes est une cicatrice laissée par le colonialisme :

Or, le fameux « mal français » qui persiste face à un pan entier de la société issu des différentes immigrations et le déni de la droite face aux jeunes des cités ainsi que l’attitude ambiguë de la gauche ne peuvent être isolés d’un complexe plus profond, à savoir la relation entre post-colonialisme et immigration.

Pour Conclure

Enfin, on voit bien que les journaux des pays du Maghreb n’hésitent pas à rappeler le passé colonial de la France et à l’utiliser comme cause profonde du mal-être des Français issus de l’immigration. Là ou l’analyse de ces journaux est intéressante, c’est qu’ils arrivent mieux à décrire le mal-être, c’est-à-dire le problème d’identité qui tourmentent les Français issus de l’immigration. Ce point est peu ou pas développé dans les journaux Français, ce qui est malheureux.

Espérons que les prochaines générations soient mieux prises en charge lors de leur éducation, et lors de la construction de leur identité.

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