La Beurgeoisie

Le seul combat perdu d’avance, est celui qu’on ne livre pas.

Le Canada : l’université des couleurs

Voici un article écrit par un de mes amis vivant au Canada. Il y effectue un PhD et à le privilège d’avoir des étudiants à qui il enseigne le génie électrique.

Les cours viennent de reprendre dans l’université canadienne (plutôt prestigieuse) où j’enseigne. Plusé, je suis un Teaching Assistant et je donne des TDs en génie électrique (qui est une filière d’élite). Quelque chose saute aux yeux par rapport à l’école d’ingénieurs où j’ai reçu mon diplôme en France: la diversité ethnique des étudiants.

En France, dans ces voies d’excellence, les Beurs sont rares. Au Canada, un gros tiers des étudiants sont asiatiques, un tiers d’origine indienne, un autre petit tiers d’origine proche/moyenne orientale ; les « Blancs » n’étant qu’une poignée. Ce qui veut dire que dans 20 ou 30 ans, l’élite de ce pays sera formée par des descendants d’immigrés. Quelque chose d’impensable en France ! Bien que les immigrés soient, proportionnellement, plus nombreux ici qu’en France, quels autres facteurs peuvent expliquer ce fossé entre ces deux sociétés ?

1- Les parents de ces étudiants ont souvent un diplôme de leur pays d’origine qui n’est pas reconnu ici (mais qui leur a permis d’immigrer). Comme ils sont cantonnés à des boulots en dessous de leurs compétences, ils reportent sur leurs enfants leur espoir d’un avenir plus radieux, faisant des sacrifices pour les pousser à étudier. En France, les immigrants ont eu des emplois mal-payés et ont peut-être du mal à imaginer qu’un de leurs enfants puisse devenir médecin ou ingénieur.

2- Les autochtones au contraire disent à leurs enfants lorsqu’ils vont à l’école « Take it easy ! » (qu’on pourrait traduire par « Ne te foule pas trop »). Évidemment cette attitude ne les encourage pas à entreprendre des études difficiles. En France, la plupart des parents rêvent que leurs rejetons aillent dans une grande école et les incitent beaucoup plus à travailler. En connaissant mieux les labyrinthes de l’enseignement supérieur, ils savent où leurs enfants doivent aller (cf. le nombre de fils de profs en classe prépa). A côté de ça, combien de banlieusards vont s’enterrer à l’université ?

3- L’accès à l’université se fait directement à la sortie du lycée, sans passer par la case prépa, pour une année d’études générales (soit science, soit ingénierie) au bout de laquelle se passe la sélection. Les meilleurs allant vers la filière génie électrique. Au contraire des prépas françaises où les concours d’entrée font la part belle à des disciplines annexes (langues, philosophie,…) qui avantagent les taupins venant d’un milieu plus intellectuel, les Canadiens ne sont jugés que sur des matières purement techniques.

4- En France, le niveau de langue peut facilement devenir un handicap. Un jeune enfant qui ne parle pas français chez lui aura plus de difficultés à maîtriser la langue à l’école et aura plus de chance d’être en échec scolaire, même s’il est doué en maths ou en physiques. Au Canada, l’anglais est étudié de façon beaucoup plus sommaire et personne n’essaye de parler un anglais raffiné. Les immigrés ne sont pas défavorisé à cause de la langue comme en France. De même, dans la vie professionnelle, avoir un accent ne dérangera personne alors qu’un banlieusard à l’accent marqué sera mis de côté.

5- Même si je maîtrise mal le sujet, les bourses d’études semblent être plus nombreuses (une année à la fac coûte $10,000) et, surtout, sont attribués la plupart du temps au mérite (même si venir d’une famille pauvre accroît les chances). Les élèves sont donc poussés à travailler, d’abord à cause de l’investissement de leurs parents, ensuite pour espérer toucher le gros lot.

Si vous aussi vous voulez partager votre expérience, une idée ou autre n’hésitez pas à me contacter et je vous laisserai la parole sur ce blog.

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6 comments

6 Comments so far

  1. thomas novembre 16th, 2008 21:01

    Etant Franco-Canadien donc relativement au fait de ce qui se passe dans mon pays, mais assez ouvert pour pouvoir parler d’un oeil extérieur je me permet de retourner votre argumentation.
    Il est impensable/impossible de comparer l’immigration en France et au Canada.
    Au Canada les immigrés sont autorisés à venir si ils ont déja un travail sur place, si ils sont assez qualifiés alors qu’en France c’est surtout une immigration familiale et de gens beaucoup plus populaire.
    Aucune connotation négative mais juste une situation de fait.
    Ainsi lorsque vous avez des immigrés déja instruit et plus aisés, pas surprenant qu’ils réussissent mieux en classe.
    Simple analyse sociologique !!!
    Pour ce qui est du fait que la France met l’accent sur la culture et la langue et le Canada sur la technique cela est plus ou moins juste.
    Mais avec une conception de la citoyenneté à travers la culture et la langue comment voulez-vous que la France renie ce qu’elle est.
    Au Canada, pays neuf d’immigration cela est bien différent.
    Ne crachez donc pas sur la soupe (essayez donc d’aller travailler au Canada sans diplôme et vous verrez si vous obtenez votre visa…) et ne comparez pas dans l’absolu ce qui n’est pas comparable !!!

  2. Beurgeois novembre 16th, 2008 22:40

    Bonjour Thomas,

    Merci pour vos idées intéressantes !
    Je n’ai pas écris cet article, et il est vrai que vos arguments sont pertinents. Je les transmets à mon ami qui pourra alors répondre.

    Pour ma part, je trouve qu’au Canada il y a moins d’hypocrisie. L’immigration est certes très choisie, mais elle donne une chance à ceux qui se donnent la peine de vouloir réussir.
    En France, le gouvernement se dirige maintenant vers un tel système, petit à petit. Cependant, après des décennies d’idéologie citoyenne basée sur la langue et la culture, pourquoi tant de portes restent fermées aux diplômés qui l’ont bien intégré ?

    Il est intéressant de noter que les logiques citoyennes Canadienne et Française sont bien différentes (comme vous le précisez à juste titre) : il faut intégrer la culture et la langue Française d’un coté, alors qu’il faut participer au développement de la richesse de la nation Canadienne de l’autre.

    On pourra reconnaître ici, les influences des cultures anglo-saxonnes et latines.

  3. jambon sans beurre novembre 18th, 2008 0:11

    Cher Thomas,

    Je suis l’auteur de l’article. Je ne suis pas sûr d’avoir compris votre commentaire.

    L’idée principale de mon article était la suivante. Comment expliquer que les descendants d’immigrés réussissent beaucoup mieux au Canada qu’en France. Certes, le système d’immigration à points a un impact certain (c’est d’ailleurs le premier point que je soulève). Cependant, je pense qu’il y a d’autres raisons expliquant cette différence.

  4. Myriam janvier 30th, 2009 0:36

    Hello!

    Je suis de mere Francaise et de pere Marocain. J’ai grandi au Canada mais j’ai passe mon Bac S en France, and I can say, that I was beyond SHOCKED by the level of RACISM in France!

    It is undeniable that immigrants in Canada can, do, and will always have more opportunity then in France. Visit any bank, company, hospital, anywhere…you will SEE Canadian immigration and their sucess.

    Donc voila. I agree with your article.

  5. Myriam janvier 30th, 2009 0:38

    Je suis presque certaine que vous etes a l’UofT. :) J’y suis aussi.

  6. Moundir juin 30th, 2011 12:46

    Merci pour cet articles et les commentaires aussi pertinents les uns que les autres.

    Je suis français d’origine marocaine et j’ai passé 2 ans au Canada pour mes études doctorales.

    Il est clair que l’immigration canadienne est récente et je dirais qu’elle favorise une intégration par le travail. Dans ces conditions, elle permet réellement des perspectives d’avenir et de bâtir une carrière professionnelle intéressante.

    La France a encore du mal à intégrer la 3ème génération et de donner sa chance aux enfants d’immigrés.

    Mais c’est à cette jeunesse de relever le défi et progressivement chacun essaye de se faire une place.
    Notre double culture est une richesse et si la France peine à le reconnaître de manière concrète, d’autres pays nous ouvrent les portes…

    Les mentalités sont difficiles à changer mais le destin des enfants d’immigrés est intimmement lié à celui de la douce France, cher pays de mon enfance…

    Amitiés.

    Moundir

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