La Beurgeoisie

Le seul combat perdu d’avance, est celui qu’on ne livre pas.

Le plus grand des échecs : le manque d’Ambition

Londres, the Square Mile, en pleine crise des subprimes. Je m’en souviens comme si c’était hier.

Je déambule avec un ami dans les rues de ce quartier doré, peuplé de traders, managers et autres créatures pour qui l’argent est un moyen de faire encore plus d’argent. Il est 22h00, je sors d’une journée éprouvante passée à satisfaire mes customers.

Comme d’habitude, pour décompresser après ces journées folles en émotions et en commissions, je décide de me détendre et d’aller diner dans un restaurant chic de Brick Lane : Le Taj, à deux pas de la City. Nous entrons.

Nous nous asseyons. Je tourne la tête. Et la surprise, j’aperçois à la table juste à coté de la mienne, une de ces créatures décrite plus haut, costard Gucci, cheveux gominés grisonnants, tout juste la quarantaine : un trader. Fait inhabituel, sur sa table, à coté de son Chicken Tikka Masala et de ses poppadoms (prononcez « popodom’s »), j’aperçois un carton. Je jette un coup d’œil discret à l’intérieur, et là je découvre tout l’attirail du trader moyen : Blackberry, Duchesse Silk Tie, montre Omega et le dernier numéro de The Guardian. Mon coup d’œil était discret, mais malheureusement pas mon étonnement. Je fus trahi par mes émotions et le trader commença à me regarder, puis il me lança :

Yes mate, as you can see I was minted. But today, the subprimes substracted everything from me: my job, my family, my life. We, traders, earn too much money. As a consequence, we don’t know the actual value of it. This is the irony of fate for people which purpose is to work with money! The subprimes doomed us. Maybe for the great of good…

(Et oui mon pote, comme tu peux le constater j’étais blindé. Mais aujourd’hui, la crise des subprimes m’a retiré tout ce que j’avais : mon job, ma famille et ma vie. Nous les traders, nous gagnons beaucoup trop. Ainsi, nous ne connaissons pas vraiment la vraie valeur de l’argent. Quelle ironie du sort pour des gens sensés travailler avec ! La crise des subprimes nous a condamné. Peut-être pour le grand bien de tous…)

Le trader déchu se leva, son carton sous la main, et il s’éclipsa dans la brume londonienne, comme un spectre destiné à errer dans les méandres des salles de marchés.

S’en suivi une discussion animée avec mon ami, qui trouva dans l’échec du trader, un pretexte au manque d’ambition :

Et voila mec, ce gars a du en baver pour arriver là, il a du vendre ses collègues, son éthique et peut-être même sa mère au diable. Tout ça pour quoi, pour se faire virer à l’apogée de sa vie. Comment va-t-il faire pour maintenir son train de vie ? Ou même nourrir sa famille ? Il n’y a rien de mieux que de choisir une carrière dans ses moyens, ne pas prendre de risques, s’assurer un quotidien pour une vie bien réglée et sans imprévus. A quoi bon être ambitieux ? Plus tu montes haut, et plus tu tombes de haut.

Je ne vous cache pas que j’ai failli me disputer avec mon ami, ce soir là.

Pour certains, le manque d’ambition est une réussite en soi. Il faudrait ne pas en faire trop car il en faudrait peu pour être heureux et il faudrait se satisfaire du nécessaire (tiens ça me rappelle une chanson, dans une jungle, avec des animaux…).

STOP ! J’en ai marre d’entendre ce discours ! Sous prétexte d’être médiocre, on devrait demeurer à sa place ? Sous prétexte d’être né pauvre, on devrait le rester ? Il faut arrêter la logique people ! Il faut avoir du culot et savoir saisir sa chance. On ne réussit jamais sans ambition car c’est elle qui nous fixe un objectif, et c’est encore elle qui nous pousse à nous dépasser. L’ambition c’est quoi ? Elle peut naître de la jalousie, de l’envie ou encore de la motivation. Ne soyez pas envieux : soyez ambitieux ! Il faut canaliser toutes les mauvaises émotions et en faire de l’ambition. Le terreau de l’ambition peut être composé de bons et mauvais sentiments. L’important c’est que le fruit de ce terreau vous pousse vers l’avant.

A première vue, le trader subissant de plein fouet la crise des subprimes est l’exemple idéal pour illustrer un échec. Cependant, ce n’en n’est pas un. Si vous étudiez bien son discours, vous comprendrez qu’il a déjà tiré les leçons de la situation est qu’il est prêt a mieux rebondir : il a l’ambition de s’en sortir.

L’ambition peut en effet mener vers la réussite, mais également vers l’échec. Et alors ? L’échec est nécessaire à la réussite, il nous permet d’évoluer et de s’améliorer. Personne n’a jamais réussi sans échouer. Malheureusement, la culture de l’échec est très différente en France et dans les pays anglo-saxons. En France, l’échec est très mal vu et est tabou, alors qu’en UK par exemple, quelqu’un qui échoue et qui sait tirer profit de ses échecs est adulé. Deux cultures très différentes, et deux impacts sur le monde, très différents eux aussi d’ailleurs.

La peur du risque, le pessimisme, la honte de l’échec : autant de valeurs bien Françaises. Il ne faut pas rester dans son coin, il faut être le plus ambitieux possible avec des objectifs qui vous semble inaccessibles. Car il ne faut pas oublier que tout est relatif : ce qui est inaccessible pour vous, peut être trivial pour un autre, mais ça vous ne pouvez pas le savoir. Alors plutôt que de brimer vos compétences sans référentiel tangible, essayer d’atteindre ce qui vous semble le plus difficile. En essayant d’atteindre votre cible, vous accéderez à des niveaux que vous n’auriez même pas imaginé. Enfin, malgré toutes les épreuves et au delà des déceptions que les autres ou la vie peuvent vous apporter, restez motivés et ambitieux car le seul combat perdu d’avance, est celui qu’on ne livre pas…

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10 comments

10 Comments so far

  1. Andy juillet 25th, 2008 13:33

    Bien écrit.

    A.

  2. Beurgeois juillet 28th, 2008 17:44

    Merci Andy.

  3. opticien lunettes septembre 1st, 2008 7:28

    Une citation que je garde toujours en tete:
    « Si on ne connaît pas la défaite, comment apprécie t on la victoire? »

    Karim

  4. Beurgeois septembre 1st, 2008 12:56

    Exact : on apprend de ses erreurs.

  5. KICHAH septembre 1st, 2008 14:29

    Bonjour

    Je suis réalisatrice de documentaire. Je suis moi même d’origine maghrébine, Je travaille actuellement sur « la beurgeoisie » . Je souhaiterais vous rencontrer pour pouvoir en discuter.

    Bien à vous

    Sonia KICHAH

  6. Beurgeois septembre 1st, 2008 14:36

    Bonjour Sonia,

    Je suis joignable ici : beurgeois (at) beurgeoisie.fr

    Beurgeois

  7. Audaces fortuna juvat. octobre 19th, 2008 16:52

    Bonjour Beurgeois,

    Ta conclusion me rappelle mon combat:

    « Enfin, malgré toutes les épreuves et au delà des déceptions que les autres ou la vie peuvent vous apporter, restez motivés et ambitieux car le seul combat perdu d’avance, est celui qu’on ne livre pas… »

    En effet, la fortune sourit aux audacieux!!!!!

    Merci

    Cdt

    H.A

  8. Karim novembre 20th, 2008 3:01

    JE pense que c’est un spam… ;-)

  9. Beurgeois novembre 22nd, 2008 14:36

    Je pense aussi donc…effacé !

    ^^

  10. Miranda avril 13th, 2009 15:01

    Tout à fait d’accord sur la capacité à rebondir des Britanniques. C’est une différence culturelle énorme avec la mentalité française. Une autre différence essentielle est le système éducatif beaucoup plus élaboré et ouvert. Sur la simple ville de Glasgow, il est possible d’effectuer un très nombre de formations qualifiantes à l’Université en cours du soir, à peu de frais et sans « lourdeurs » administratives. De même le recrutement est plus axé sur la personnalité du candidat et son expérience que sur ses diplômes. La possibilité de s’en sortir est absolument tangible et j’en ai eu bon nombre d’exemples autour de moi (notamment des amis français d’origine maghrébine).

    Comme moi, ils reconnaissent les failles et les limites du système éducatif français (on peut aussi y ajouter les failles et les limites de la création d’entreprise) et ont volontairement choisi de s’installer en Grande-Bretagne ne supportant plus l’inertie imposée en France.

    Pour en revenir au sujet, j’ai également fait l’expérience au même endroit du manque d’ambition revendiqué. Je n’émetterai pas de critique à ce sujet car il s’agit d’un choix personnel. Le manque d’ambition peut avoir plusieurs causes. Dans un exemple en particulier, je connaissais une Britannique qui arrivait tout juste à joindre les deux bouts pour supporter sa famille et payer son emprunt immobilier. Elle detestait son travail mais n’en aurait pas changer pour autant. Dans une région déjà plusieurs fois lourdement touchée par le chômage, il aurait été très risqué pour elle de partir d’une entreprise offrant de nombreux avantages sociaux (NB: avantages sociaux qui sont garantis par la loi en France mais pas en Grande-Bretagne c’est important de le préciser). Ce type de résignation est triste j’en conviens mais sous cet angle on peut le comprendre.

    J’ai trouvé cet article très intéressant et je suis tout à fait d’accord sur le fait qu’il faut plus que jamais resté motivé et s’accrocher lorsqu’on a un but, surtout en France. Les problèmes d’inertie et de système éducatif ont des conséquences depuis des décennies sur toute la jeunesse qu’elle soit française ou d’origine maghrébine. Je pense que le problème de fond est le soutien apporté par les parents ou un milieu social dit « favorisé » qui font une énorme différence entre ceux qui s’en sortent et ceux qui rament. Mais là, je ne vous apprends rien !

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