La Beurgeoisie

Le seul combat perdu d’avance, est celui qu’on ne livre pas.

Ça compte pour du Beur : Le CV

CVCet article est le premier d’une série concernant les difficultés que les jeunes issus de l’immigration rencontrent fréquemment dans des domaines divers et variés tels que :

  • La recherche d’emploi
  • La recherche d’appartement
  • La recherche de l’âme sœur
  • etc.

Dans la série Ça compte pour du Beur, étudions aujourd’hui le CV.

Pour commencer, une petite anecdote.

Hakim est un jeune Français d’origine maghrébine. Né à Paris, il a vécu dans une ville d’une banlieue sensible, malheureusement connue pour la violence et l’insécurité qui y règnent. Il est fils d’ouvrier et retourne souvent dans le pays d’origine de ses parents pendant les vacances.

Malgré cette description classique, d’un être parmi tant d’autres, Hakim est différent. Très jeune, ses parents l’empêchaient de sortir à l’extérieur et de vagabonder dans les méandres des lotissements bétonnés caractéristiques de son environnement. Il restait donc à la maison, à lire ou à étudier.

A l’école il était doué. Tellement doué que les conseillers d’orientation n’ont pas pu le désorienter. Il fera un bac scientifique et obtiendra facilement une mention. Puis, Maths Sup, Maths Spé. Puis une grande école d’ingénieurs parisienne. Enfin, il est diplômé.

On a donc un parcours exemplaire, et le rôle du CV est de refléter ce parcours afin de donner un aperçu des compétences du candidat. Mais lorsqu’on s’appelle Hakim et que l’on vient d’une banlieue difficile, il en faut plus aux yeux des recruteurs.

Hakim cherche donc son premier emploi. Il postule, décroche des RDVs et est invité à se présenter pour un entretien.

Le recruteur l’attend avec son CV sur la table, bien en évidence. Sur le CV de Hakim, on peut lire en en-tête :

Hakim B.
23 ans
Permis B
Célibataire
Nationalité Française

Et voici la première question du recruteur :

Mr B., êtes-vous de nationalité Française ? Je dis ça car nous ne faisons pas de VISA de travail.

A cela, Hakim répondit :

Avez-vous lu mon CV ?

Réponse du recruteur, l’air amusé :

Oui bien sur. Je l’ai juste devant moi !

Instantanément et avec beaucoup de calme, Hakim répliqua :

Et bien vous ne m’aurez plus devant vous. Au revoir.

Ce récit est tiré d’une histoire vraie.

Bien sûr, il s’agit d’un entretien sur une vingtaine qui a mal tourné. Mais malgré tout, ce ratio n’est pas acceptable. Le CV (irréprochable) d’Hakim, compte donc pour du Beur.

A compétences égales, il faudra plus d’efforts et plus de talent à Hakim pour s’en sortir. C’est ce que j’appele le handicap qui nous réussi. Hakim part plus bas que les autres et est désavantagé, il s’en rend compte et cela le motive pour dépasser ceux qui ont démarré plus facilement que lui : son handicap lui réussi.

On le sait déjà mais il est bon de la rappeler ici : toutes les informations que vous mettez à disposition sur votre CV sont importantes. De l’adresse aux Core Skills, en passant par l’éducation, son nom et son expérience. Si vous habitez à Sarcelles, attendez-vous à avoir (à compétences égales, ou même supérieures) plus de difficultés qu’un candidat de Saint-Germain en Laye…

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2 comments

2 Comments so far

  1. sonia juin 25th, 2008 11:03

    Ces problèmes là sont connus et les services publics semblent tenter de faire des actions pour qu’ils disparaissent, je dis bien « tenter »…ça va mettre du temps à changer…
    Mais l’épisode évoqué me fait surtout penser : « est ce qu’au final surtout ça donne envie de travailler pour telle ou telle boite qui reçoit aussi mal ? »
    Les recruteurs feraient bien de se poser la question dans ce sens là car avec le temps certaines boites qui discriminent systématiquement vont être délaissées…
    Déjà un petit « mieux » dans la discrimination c’est que maintenant on peut plus facilement en parler, je dis ça parce qu’en tant que femme j’ai aussi vécu la discrimination en entretien d’embauche à plusieurs reprises il y a plusieurs années et que je n’ai pu qu’en garder un goût très amer, à l’époque j’aurai voulu pouvoir le dire, le crier et le publier…

  2. Beurgeois juin 25th, 2008 13:35

    Oui et malheureusement ces pratiques sont le fait d’individus, quelque soit la société ou l’on peut postuler.
    Il faut en effet en parler, et même parler de ce qui a pu se passer avant nous permettra de mieux gérer l’avenir.

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